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Pour une Algerie Democratique et sociale

Contenus à caractere politique, economique,social et culturel pour une Algerie Democratique et Sociale.

Quelques articles sur l'enseignement et les langues en Algérie

Publié le 6 Juin 2013 par Pour une algerie democratique et sociale in Education -formation professionnelle et formation u

 

Nos parents et nos grands-parents étudiaient, écrivaient, parlaient et excellaient même en français. Aujourd’hui, la maîtrise de cette langue est en déclin en Algérie.  Les élèves de médecine, pour ne citer qu’eux, sont nombreux à échouer dans leurs études supérieures simplement parce qu’ils ne comprennent pas correctement le français. Cette langue est victime d’un amas de représentations négatives, lesquelles perturbent la réussite de toute une partie de notre jeunesse. Algérie-Focus a rencontré Ouardia Aci, chercheur spécialiste en socio-didactique et ex-chef du département de français à l’Université de Blida, pour comprendre les enjeux qui entourent la langue française en Algérie. 

 

La langue française est-elle en recul en Algérie ?

 

Oui énormément. Dans le domaine universitaire, tous les enseignants que j’ai pu rencontrer font le même constat : il y a une régression de la maîtrise du français.Quand un étudiant algérien arrive à l’université, il est indispensable qu’il connaisse cette langue pour poursuivre ses études, tout particulièrement dans les filières scientifiques où l’enseignement se fait uniquement en français. Là où les étudiants sont le plus en difficulté, ce sont dans les filières technologiques. Les professeurs affirment tous que le principal problème auquel sont confrontés les étudiants  est la langue française. En effet, un nombre croissant d’étudiants qui commencent leur cursus universitaire ne parlent presque pas le français et l’écrivent très mal. Si on se livre à l’exercice des statistiques, on peut estimer que sur une promotion d’élèves, environ 30% disposent des prérequis nécessaires en langue française. Tandis que pour les 70% restants, leur français s’apparente plus à du bricolage.

 

Cela signifie-t-il que ces 70% d’étudiants ne réussiront par leurs études ?

 

Pas nécessairement. Certains étudiants sont tout à fait conscients de leurs défaillances et font beaucoup d’efforts pour se remettre à niveau. Du coup, ils sont motivés et essaient d’apprendre cette langue qu’ils rejetaient tant avant. Mais c’est souvent un peu tard. A l’inverse, il y a des étudiants qui s’autocensurent. Ils ont peur de ne pas être au niveau en français et de ne pas réussir dans un cursus francophone. Ils se tournent alors directement vers des filières en arabe, comme le droit ou les sciences humaines.

 

Quels sont les moyens mis à la disposition de ces élèves pour rattraper leur retard en français une fois à l’université ?

 

Les universités disposent de Centres d’enseignement intensif de langues (CEIL). Cela permet aux élèves de suivre des formations intensives pour se remettre à niveau. Mais dans de nombreux cas, ce n’est pas suffisant. En plus, les étudiants y apprennent des expressions pour pouvoir parler dans des situations particulières, ils ne rentrent pas vraiment dans le système et la logique de la langue et après ils manquent parfois de spontanéité. C’est en tout cas plus difficile car les élèves doivent rattraper en peu de temps ce qu’ils auraient dû apprendre en 12 ans. Et puis, il est plus facile d’assimiler une langue lorsque l’on est encore un enfant. Une fois les 18 ou les 20 ans atteints, c’est beaucoup plus dur.

 

On a évoqué le cas des étudiants, mais qu’en est-il des professeurs d’université ?

 

Les professeurs que je côtoie à l’université s’en sortent généralement bien en français. Je n’ai pas observé de problèmes à l’écrit, bien que certains aient tout de même un peu de mal à l’oral. En revanche, du côté de l’Education nationale j’ai eu des échos assez négatifs. Pour que les enfants apprennent correctement le français le plus tôt possible, il faut que les enseignants maîtrisent eux-mêmes parfaitement cette langue.

 

Constatez-vous une pénurie d’enseignants et de journalistes francophones ?

 

Il y a, en effet, une pénurie de personnel francophone au sein de certaines professions. Cela me semble normal car nous n’évoluons pas dans une société naturellement francophone. Enfin, cela dépend des villes et des régions. Par rapport au centre du pays, Alger, par exemple, dispose d’un environnement partiellement francophone. La population est plus facilement bilingue voire trilingue.

 

Kateb Yacine considérait le français comme un «butin de guerre», l’avons-nous perdu ?

 

Je n’irai pas jusqu’à dire que nous l’avons perdu. Le français n’a en fait jamais cessé d’être utilisé, notamment en arabe algérien. Beaucoup de gens utilisent quotidiennement des mots français sans même s’en rendre compte. Ce «butin de guerre» n’est ainsi pas complètement perdu mais il est rejeté.

 

Vous avez parlé à plusieurs reprises de rejet, d’où vient-il et comment se manifeste-t-il ?

 

Le français reste la langue du colonisateur. Il y a donc un rejet très ancré dans la société algérienne. Dans l’esprit de nombreuses personnes, le français c’est le mal. Une langue qui irait à l’encontre de la société arabo-musulmane et qui serait même la langue de Satan pour certains. Ce sont des représentations que les Algériens ont, et que des enseignants véhiculent dès le primaire. Une fois que les élèves sont éduqués avec ces représentations négatives, il est difficile pour eux de les surmonter. Dans certaines régions, de nombreuses personnes ne reconnaissent même pas l’utilité du français. Il n’est donc pas évident pour eux ou pour leurs enfants d’admettre que cette langue leur sera utile par la suite dans leurs études.

Là où on voit qu’il y a bien une notion de rejet c’est lorsque l’on compare avec l’anglais. Ce qui est étrange, ou du moins surprenant, c’est que les étudiants algériens n’ont pas le même problème avec l’anglais. Le regard porté sur cette langue est bien moins négatif que celui porté sur le français. Tout est donc question de représentation. Pour preuve, dans l’université où je travaille, à Blida, le département d’anglais est plus peuplé et plus convoité que le département de français. Et les étudiants y réussissent bien.

 

Quelle est la solution : enseigner en arabe plutôt qu’en français, utiliser l’arabe algérien, imposer des cours de qualité en français dès le plus jeune âge… ?

 

Je ne suis pas pour l’arabisation des filières francophones. Nous devons garder des filières en français, mais il faudrait peut-être simplifier l’utilisation de la langue lors de l’enseignement. Des enseignants réfléchissent actuellement à adapter les manuels universitaires avec un champ lexical précis pour chaque spécialité afin que ce soit plus facile à comprendre et à utiliser.

Je ne pense pas qu’il faille enseigner directement en arabe algérien, en revanche on devrait s’appuyer sur cet outil linguistique. On nous a longtemps dit qu’il fallait parler et enseigner uniquement en arabe classique ou en français. Or, toutes les deux sont des langues étrangères et dans l’apprentissage d’une langue étrangère, il est très important de pouvoir utiliser la langue maternelle des élèves.

 

L’enseignement supérieur en panne, la faute à l’arabisation excessive de l’Algérie ?

 

Par Djamila Ould Khettab  

Des bancs de justice aux bancs d’écoles en passant par l’administration publique, l’Etat algérien essaie de gré ou de force d’imposer la pratique de la langue arabe depuis l’indépendance, faisant fi de la complexité et de la richesse linguistique du pays. Cette transformation sociologique brutale, dans un pays francophone, explique en partie que de nombreux jeunes algériens se trouvent en situation d’échec scolaire. Décryptage.

 

Aujourd’hui, Hibat-Allah ne lutte plus avec la langue française. C’est avec beaucoup d’éloquence que cette étudiante en sixième année de médecine à l’université d’Alger raconte comment elle s’est imposée un régime draconien dès la fin du lycée afin d’acquérir un niveau de français suffisamment solide pour réussir dans cette filière. Lecture assidue de romans tirés du répertoire classique français, dictée à la maison, cours de conjugaison personnalisés. Cette passionnée de romans policiers a mis très tôt toutes les chances de son côté.

Mais, malgré une préparation rigoureuse, les premiers mois à l’université de médecine ont été difficiles à négocier. Des débuts quelques peu laborieux que connaissent, en réalité, la grande majorité des étudiants algériens, qui passent d’une scolarité exclusivement en arabe littéral, jusqu’à l’obtention du baccalauréat, à des études supérieures principalement en français, comme le système éducatif algérien l’exige. Aux côtés de Hibat-Allah, sa camarade de promotion, Imen, se souvient des efforts consentis les premiers semestres pour se mettre à niveau. « Entre le lycée et l’université, on est passé d’équations de mathématiques écrites de droite à gauche à des équations formulées de gauche à droite, de l’alphabet arabe à l’alphabet latin. En plus, il fallait apprendre une quantité de vocabulaire technique et de termes médicaux », raconte-t-elle. En médecine, plus que pour toute autre filière scientifique post-Bac, le français n’est pas un gadget. Essentiel, il sert de moyen de communication bien au-delà de la salle de classe. « C’est la langue principale de travail d’un médecin algérien car tout est rédigé en français ici : le dossier des patients, les ordonnances, les rapports de congrès etc. Il ne suffit pas juste de le baragouiner», insiste Hibat-Allah. Et pour améliorer leur niveau de langue, les deux jeunes femmes ont pu compter sur un réseau d’entraide, développé de manière complètement informelle au sein de la faculté. «Nos aînés nous ont heureusement beaucoup aidé à nous intégrer en nous donnant toutes sortes de conseils sur les cours, sur les professeurs, sur les examens», confie Imen.

 

Les jeunes des wilayas de l’intérieur du pays pénalisés

 

Un réseau qui ne parvient cependant pas à retenir certaines brebis égarées sur les bancs de l’université de médecine d’Alger, trahies par un niveau de français beaucoup trop élevé pour elles. « Ceux qui ont interrompu leurs études en milieu de parcours viennent pour la plupart des wilayas intérieures, notamment celles du Sud. Là-bas, ils n’ont pas reçu une bonne formation en français », explique notre interlocutrice. Alors, ces derniers rusent et s’accrochent tant bien que mal, avant parfois de sombrer. « Ils traduisent tout en arabe : leurs cours et la documentation qu’on leur distribue. Et comme ils ont honte de s’exprimer en français, ils n’osent pas poser directement aux professeurs une question. Ils passent par nous », ajoute Imen. Pénurie de professeurs francophones, enseignement du français hyper vulgarisé, les wilayas intérieures sont sans aucun doute les parents pauvres de la langue de Molière en Algérie. En 2011, la direction des ressources humaines du ministère de l’Education nationale avait fait part d’un manque d’au moins 3 000 enseignants, notamment dans la partie méridionale du pays. Pas étonnant alors que celle-ci produise des contingents d’étudiants en situation d’échec.

 

« La pensée arabe s’est arrêtée au Moyen-âge »

 

Mais, pour Abderrazak Dourari, professeur en sciences du langage à l’université d’Alger, la faillite scolaire relève d’abord d’une politique d’arabisation « aberrante » du pays. La langue arabe n’est plus « fonctionnelle » dans nombre de champs de recherches étant donné que le monde arabe ne produit plus de pensée élaborée, tant en sciences sociales qu’en sciences exactes, depuis le 10 ème siècle, affirme ce spécialiste de la sémiotique. Un avis partagé par Hadji, qui termine sa cinquième année de médecine à Alger. « Les étudiants algériens n’ont pas d’autre choix que d’utiliser le français car pour que la médecine, la physique et les autres sciences arabes rattrapent leur retard sur l’Occident, il faudrait reprendre là où la pensée arabe s’est arrêtée, c’est-à-dire au Moyen-âge. C’est impossible, ça prendrait des générations » lâche-t-il. C’est pourquoi les universitaires algériens s’appuient sur un corpus de données disponible essentiellement en langue étrangère : français, anglais, russe voire chinois. « Certaines notions n’existent même pas en arabe. Par exemple, la « citoyenneté » n’est pas traduisible. On parle de mouwatana. Or, ce terme signifie davantage « co-nationalité », dans le sens de « partage de la nationalité », car il ne prend pas en compte les notions de « droits » et « devoirs » pourtant intrinsèques à l’idée de « citoyenneté » », souligne le docteur en linguistique. De son côté, Hibat-Allah ne veut pas résumer la question du recours à la langue française à un simple problème de traduction du français vers l’arabe. « C’est toute notre façon de pensée qui est différente : en médecine et de manière générale dans les études supérieures, les étudiants algériens pensent en français et non plus en arabe », avance la jeune femme.

 

« Schizophrénie linguistique » 

 

Aveuglés par la lutte indépendantiste et l’idéologie panarabique, en vogue à l’époque, les dirigeants du FLN, arrivés au pouvoir, ont mis en vigueur une politique d’arabisation contre-productive, considère Abderrazak Dourari. « Après l’indépendance de l’Algérie, les politiques éducatives et linguistiques sont tombées entre les mains des forces islamistes et conservatrices, proches du FLN. Elles ont maintenu durant les dix premières années de l’indépendance un mode de communication bilingue franco-algérien. Le temps de débaucher des enseignants arabophones en provenance du Moyen-Orient et d’en former d’autres sur place », explique ce chercheur en sémiotique. Ainsi, en l’espace d’une décennie, celle des années 1970, l’Algérie a été arabisée. Un changement soudain dont la société algérienne se remet lentement aujourd’hui, considère Abderrazak Dourari. « Les leaders du FLN ont cru qu’ils pouvaient, par un tour de passe-passe, substituer une langue à une autre. Ils ont tout simplement travesti l’identité algérienne », caractérisée par sa mosaïque de dialectes, déplore ce linguiste. En retour, le mouvement indépendantiste n’a pas réussi à faire des Algériens de parfaits arabophones. Au contraire, il a contribué à la chute vertigineuse du niveau de français des habitants du pays, regrette Abderrazak Dourari. Selon la chercheuse en socio-didactique, Ouardia Aci, 70% des étudiants algériens ne maîtrisent pas correctement le français lorsqu’ils entrent à l’université. En somme, « le FLN a perdu sur les deux tableaux », résume Abderrazak Dourari, pour qui, cette politique arabisation est également née du « complexe que les élites algériennes nourrissent vis-à-vis des pays du Moyen-Orient ». Un complexe d’infériorité qu’il qualifie même de « schizophrénie linguistique ». « Les élites algériennes voudraient être plus arabes que les Arabes eux-mêmes et maîtriser totalement l’arabe littéraire. Or, même les Saoudiens ne parlent pas cet arabe-là », assure-t-il.

 

Le bilinguisme, une solution ?

 

Lorsqu’on lui demande quelles solutions permettraient de réduire la « fracture linguistique » qui déchire le pays et menace le bon déroulement de la scolarité de milliers d’étudiants algériens, ce professeur en sciences du langage avoue être convaincu que l’équilibre se situe dans un bilinguisme assumé. « L’Algérie doit s’ouvrir à l’arabe moderne et rompre avec cet arabe mêlé de religieux qui remonte au 8ème siècle. Contrairement aux représentations populaires locales, l’arabe n’est pas seulement la langue de la religion islamique, il peut également être le vecteur d’idées philosophiques et humanistes comme ce fut le cas par le passé », rappelle-t-il. Par ailleurs, « on a besoin de se recentrer sur le français car sociologiquement la langue de Molière demeure une donnée importante en Algérie même cinquante ans après le départ des colons », justifie Aberrazak Dourari. Dans ce sens, une révision du programme solaire, adoptée en 2008, a renforcé l’apprentissage du français et introduit l’utilisation du latin dans les formules mathématiques au lycée. Faisant partie de la dernière génération à avoir utilisé seulement l’arabe dans cette matière, Imen espère que « maintenant c’est réglé et que les prochaines générations ne rencontreront pas les mêmes difficultés linguistiques ». Un vœu pieux ?

 

 

 

Par Kamel Daoud  | juin 4, 2013 6:44

 

Prenez une langue et jetez la dans la rue (pour paraphraser Mao), elle deviendra vivante. Enfermez-la dans un livre et un temple, elle meurt et tue les gens autour d’elle. Prenez une langue, ajoutez lui une armée et un Pouvoir, elle devient une langue officielle. Ajoutez lui une religion ou un prophète, elle devient langue sacrée.

 

C’est vous dire l’essentiel : ce qui vous disent que l’algérien comme langue du pays n’existe pas, vous disent simplement que vous n’existez pas : on enlève le droit de répondre à un peuple quand on lui enlève sa langue, qu’on la ridiculise, qu’on la réduise à la marge et à l’étable et au langage des serfs. On enlève à un peuple le droit sur sa terre quand on lui impose une langue qui lui impose le silence. Si on vous dit que l’arabe est une langue supérieure, c’est qu’on vous inculque l’idée que vous êtes un être inférieur.

Aujourd’hui en Algérie deux castes parlent arabe, langue morte, aux Algériens, peuple vivant : les élites politiques et les élites religieuses. Les deux puisant dans la sacralité, l’argument de leur légitimité. Comme les prêtres et les rois des moyen-âge de l’Occident. Du coup, ceux qui s’élèvent contre eux, s’élèvent contre les martyrs et contre Dieu. Ceux qui disent que l’arabe est une langue morte, menacent la domination de la caste et ses intérêts.

Ceux qui vous disent que l’algérien comme langue n’existe pas, s’imposent comme intermédiaires entre vous et l’Algérie et entre vous et Dieu. Ils gagnent leur argent grâce à une langue morte. Enlevez-leur cette langue et ils se révéleront inutiles, imposteurs, spoliateurs. Ils mourront de chômage et de colère.

Ceux qui vous disent que cette langue est une variante de l’arabe, pensent que eux-mêmes sont un produit dérivé de l’Arabie saoudite. Ils vivent en Algérie, mangent en Algérie, meurent en Algérie mais disent que l’algérien n’existe pas et que l’Arabie saoudite est leur patrie d’origine. Libre à eux, mais qu’ils y aillent.

L’arabe est une langue de colonisation. On peut coloniser en prenant de force la terre ou en prenant de force la bouche et l’esprit. C’est aussi le signe d’une colonisation réussie : aujourd’hui, des siècles après, le colonisé revendique la colonisation comme « œuvre positive » et l’arabe mort est sa preuve. Il se confond avec le colonisateur, sa langue, réclame sa généalogie et explique qu’il est l’arabe par l’arabe colonisateur, que ceux qui le nient sont des étrangers sur leurs terres ! Frantz Fanon le décrit bien : peau noire masque blanc. Langue algérienne, masques arabes.

Ceux qui vous disent que l’algérien n’existe pas parce que l’algérois, le sétifien et l’oranais sont différents, renvoyez-les aux livres d’histoire : Le français au 14ème siècle était un langage de gueux et de voleurs de routes et de plèbes crasses. Il a suffit d’un roi et d’une académie pour qu’il devienne lumière et renaissance puis puissance et Etat. Ils ne sont pas mieux que nous.

Ceux qui vous disent que c’est une langue qui puise dans d’autres langues, dites-leur que c’est le propre des langues vivantes. Ce sont les langues mortes qui se réclament de la pureté, les langues vivantes se réclament, elles, de l’échange. L’arabe n’est pas tombé du ciel mais est né des croisements entre routes, marchands et voyageurs : hébreux, araméen, syriaque…etc.

Ceux qui vous disent que l’algérien n’est pas suffisamment riche pour devenir une langue qui manœuvre le monde, répondez ce qu’a répondu Abou El Ara’ El Maâri, auteur de « l’épitre du pardon », le poète aveugle, à propos de sa poésie qu’il a voulu concurrente du Coran : « laissez les cœurs la polir pendant quelques siècles et vous verrez ». Une langue n’est pauvre que lorsque son peuple manque de confiance en lui-même et se prend pour un autre. C’est alors qu’il se regarde d’en haut, avec mépris, et malheur et que sa langue fait retomber le centre du monde dans d’autres mains que les siens.

L’auteur l’a toujours pensé : je ne suis le maghrébin de personne. « Maghreb » est la banlieue d’un Machrek qui s’est déclaré mon lieu de naissance alors que c’est mon lieu de mort. Il se traite comme centre du monde et moi comme sa marge. Le centre du monde revient à un peuple quand ce peuple traite sa langue comme la langue du monde.

 

On ne peut posséder le monde que lorsque l’on possède sa propre langue.

 

C’est quand un peuple parle sa langue et l’honore, qu’il honore ses ancêtres et maîtrise sa terre, ses vents, ses sens et ses destins et ses récoltes. Voyez l’histoire : à chaque fois qu’un  peuple veut dominer le monde, il déclare d’abord et surtout que sa langue est pure, qu’elle est la sienne et l’épouse par tous les sons : les Turcs ont ainsi fait, les israéliens, les arabes…etc. C’est alors que naîtront nos Goethe et nos lettres et que nous inventeront des machines et des chants et que nous deviendront le nombril de la création parce que nous serons le centre de notre univers.

Ceux qui vous disent que cette langue ne ressemble pas à une langue, dites-leur que heureusement : elle est algérienne comme les siens et que sa différence est son identité ! Ceux qui vous disent « comment l’écrire ? » dites-leur « qu’importe ! » : le sens n’est pas dans l’encre mais l’âme.

Celui qui vous dit que jamais cela n’arrivera, dites-lui qu’il a le passé pour lui alors que vous, vous avez l’avenir qui attend. Ceux qui vous disent « par quoi commencer ? », dites par un chant, un raï, une académie, une acceptation de soi.

En Algérie, l’essentiel parle en algérien : le peuple, l’argent, les publicités, l’amour et la colère. Le reste est donc artifice : l’ENTV, Bouteflika, le régime, les imams, les « assimilés », les islamistes. Tous ceux qui veulent que l’Algérie s’enrichisse, s’aime ou s’en sorte, parlent en algérien. Tous ceux qui veulent la posséder, la voler, la détruire, la nier ou lui marcher dessus, parlent en arabe classique. Ils sont une minorité dominante. L’algérien est une majorité dominée. Pour le moment.

Quand on vous dit que c’est un dialecte, c’est qu’on vous dit que vous n’êtes pas citoyen. Que vous êtes une plèbe, pas un peuple. On dit « la langue de la plèbe », « Darijate el 3ama ». Ceux qui le disent se prennent pour l’élite, « El Khassa ».

Sur mon passeport est écrit « algérien » en nationalité. Et dans ma bouche, je parle en algérien à ma mère, à la femme aimée et à mes enfants. Que m’importe les névrosés : ils finiront par disparaître et moi je serai toujours là, par le biais de mes enfants. Eux défendent les cadavres et moi les nouveau-nés. La preuve ? Dites que vous défendez l’algérien comme langue et vous verrez se lever les imams, les colonisés, les aliénés de Okba ibn Nafi, les religieux, les rentiers, et tous ceux qui ont honte d’eux-mêmes et des leurs. Leur colère est ma preuve.

Je ne suis pas adepte de la honte de soi et du déni de ma langue. Je parle algérien. L’arabité, elle m’appartient (comme culture et œuvres) mais je ne lui appartiens pas

 

.La langue algérienne existe-t-elle vraiment ?

 

Par Maïna F.  

 

 «L’arabe classique, c’est la langue de l’école et de la religion. Le français, c’est la langue du savoir, de l’université et du colonialisme. L’arabe algérien, c’est notre langue, dialna.» Telles ont été les réponses majoritairement données à la chercheuse Ouardia Aci, lorsqu’elle a demandé à des centaines d’Algériens et d’Algériennes ce que ces trois langues évoquent pour eux. Mais en réalité, que sait-on vraiment de cette langue «dialna» ? Rien que sa dénomination et sa définition sont matières à débat. Quant à son statut officiel, il est inexistant.

L’algérien : une langue ou un dialecte ?

 

La première interrogation, légitime et indispensable, est de savoir dans quelle catégorie nous devons classer cette langue. «Sur le plan purement technique c’est d’abord une langue car tout dialecte est un système linguistique. En revanche sur le plan social, c’est un dialecte car il n’est pas normé, il n’a pas de statut officiel et est utilisé quasi exclusivement à l’oral», précise le sociolinguiste, directeur de laboratoire à l’Université d’Oran, Farouk Bouhadiba. Une analyse qui n’est pas partagée par l’écrivain et essayiste Kamel Daoud : «l’algérien est une langue à part entière comme toutes les autres langues utilisées pour communiquer. On parle, on commerce, on débat, on vit, on aime en algérien». Selon lui, «la différence entre un dialecte et une langue est idéologique et politique. On dénie (politiquement, idéologiquement et religieusement) aux Algériens leur langue».

La chercheuse en sociodidactique et ex-chef du département des langues étrangères de l’université de Blida, Ouardia Aci, ne s’aventure pas aussi loin. Elle affirme néanmoins que «l’arabe algérien n’est pas un dialecte, mais bien une langue». Le point de passage entre le dialecte et la langue se situe au moment où l’on donne une identité graphique à un système linguistique oral. Or cette consécration de l’algérien à l’écrit s’achemine peu à peu. Aujourd’hui, sur internet ou par texto, les gens écrivent quotidiennement en algérien. Même les campagnes publicitaires commencent à se faire dans cette langue. «C’est le cas de Nedjma, par exemple, qui écrit certains de ses slogans en arabe algérien», précise Ouardia Aci. La compagnie de téléphonie mobile a en effet bien compris le filon que représente la communication dans cette langue et l’impact que cela peut avoir sur une population ayant enfin l’impression que l’on s’adresse à elle avec ses propres mots.

 

L’algérien : une langue arabe métissée 

 

L’algérien est à l’image de l’Algérie. Une langue au carrefour des cultures, le fruit amer de l’apport et du rejet des différents colonisateurs, l’acceptation consciente ou inconsciente du métissage. Mais l’identité complexe de cette langue ne facilite pas sa dénomination. Certains parlent d’ «arabe algérien», tandis que d’autres préfèrent «algérien» tout court rechignant à y accoler «arabe».

«Sur le plan linguistique, on parle généralement en Algérie de continuum de langue arabe. Un continuum constitué d’un mélange d’arabe classique, moderne, parlé et des dialectes régionaux», explique le linguiste Farouk Bouhadiba qui continue de développer sa pensée. «Au sein de ce continuum, une nouvelle forme d’arabe est même en train de se construire : l’arabe médian, lougha al oustaâ, qui est un mélange entre l’arabe officiel et le dialecte. L’arabe dialectal se rehausse alors avec des mots d’arabe classique pour atteindre un niveau de langue plus soutenu».

L’ «arabe algérien» est un terme que réfute totalement Kamel Daoud qui a procédé à de nombreuses recherches sur le sujet. «L’algérien n’est ni de l’arabe ni un dérivé de l’arabe. Bien sûr des mots arabes existent mais ça n’en fait pas un dérivé de l’arabe. Il y a également des mots de français, d’espagnol ou de berbère. Le propre d’une langue vivante est d’absorber des éléments des autres langues. Ce fut le cas du français par exemple. Ce n’est pas un dérivé du latin, même s’il s’est constitué avec des mots provenant du latin», explique l’écrivain et essayiste.

Le linguiste Farouk Bouhadiba s’accorde sur le fait que l’algérien est une langue mixte, avec des influences extérieures nombreuses. «C’est un fort dosage d’arabe et des emprunts au français, au berbère, à l’espagnol, car c’est une  langue receveuse qui n’est pas fermée sur elle-même», précise-t-il. Mais, selon lui, cela n’empêche pas l’algérien d’être une langue arabe. «Quand les gens disent que l’arabe algérien n’est pas de l’arabe c’est parce qu’ils prennent pour référence l’arabe classique du Coran, or personne ne parle cet arabe car ce n’est pas un arabe oral», estime-t-il.

 

Une langue non-officielle mais une langue nationale

 

L’algérien, ou arabe algérien, n’est pas reconnu en tant que langue officielle de l’Algérie. Il n’a même pas été officiellement érigé au rang de langue nationale. Titre qu’a pourtant reçu le tamazight il y a plusieurs années. Néanmoins, dans les faits, «qu’on le veuille ou non, cette langue algérienne est nationale», assure l’universitaire Ouardia Aci.

La non-institutionnaliste de l’algérien est imputable à «une confusion ‘lexicale’ -bien entretenue-» qui «assimile l’arabe au maghribi [autre nom donné à l’algérien] ; ce qui dispense d’émanciper juridiquement cette langue vernaculaire, pourtant très largement majoritaire». C’est en tout cas ce qu’affirme Abdou Elimam dans son essai intitulé Du Punique au Maghribi.

«Le jour où on créera une académie de l’algérien, on guérira la honte de soi, de notre langue. Il faudra par contre un pouvoir politique assez courageux pour le faire», estime Kamel Daoud. Mais une telle académie ne pourra se faire sans un travail préalable de la société civile, des écrivains, des intellectuels, des artistes. Le chercheur Farouk Bouhadiba se rend compte des manques en la matière. «Nous les linguistes, nous devrions préparer le terrain en créant des dictionnaires, des méthodes de langue de l’arabe algérien. Il faut réfléchir, trouver une plate-forme de discussions entre gens spécialisés pour déterminer cet arabe algérien au niveau linguistique», espère-t-il.

Politique, linguistique, commercial ou culturel, l’institutionnalisation peut venir de divers déclencheurs. «La langue égyptienne s’est imposée à travers la production culturelle et a été principalement véhiculée par le cinéma», se souvient Kamel Daoud. En Algérie ça arrive petit à petit. «Le raï, par exemple, est une expression artistique qui a essayé de donner ses lettres de noblesse à l’algérien. On observe aussi une utilisation de l’algérien dans la publicité ou dans certains titres d’articles de journaux sportifs», souligne l’écrivain.

 

Les différences régionales : le vrai-faux débat

 

Comme pour toute langue principalement orale et non normée par un pouvoir central, le problème de l’algérien réside dans sa diversité. Chaque région possède sa propre variante de la langue avec des différences de vocabulaire, de syntaxe et de prononciation. «L’arabe algérien est une panoplie de variétés dialectales. Il y a trop de divergences régionales». Farid Bouhadiba craint donc une institutionnalisation par le haut qui pourrait «être dangereuse». «Il ne faut pas tomber dans le piège de la Tunisie de Bourguiba qui voulait imposer le parler arabe de Tunis dans tout le pays», s’inquiète le linguiste, d’après lequel  «il faudrait institutionnaliser l’arabe algérien de façon souple. On ne peut pas imposer un seul dialecte».

«Certes des différences entre les régions existent, mais arrêtons d’exagérer en disant qu’il y a beaucoup de différences. Quelqu’un de Annaba comprend très bien quelqu’un d’Alger», martèle Kamel Daoud. Le seul moyen que l’institutionnalisation fonctionne est que les «élites politiques imposent un jour une norme». Un quelconque risque de domination linguistique ? «Ce n’est pas un problème», estime l’écrivain, «ça s’appelle juste un Etat». «Celui qui a l’armée et le pouvoir impose sa langue». Ce qui inquiéterait le plus Kamel Daoud n’est pas l’uniformisation de l’algérien mais un risque de dérive monopolistique comme ce fut le cas avec l’arabe classique et la politique d’arabisation : «Quand on institutionnalisera l’algérien, il ne faudra pas tomber dans le travers de l’arabe, qui s’impose comme un monopole. Plusieurs langues existent en Algérie, il faut donc qu’elles cohabitent toutes ensembles.

 

 

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H
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D
Dubai is really a beautiful as well as mesmerizing land which has a lot to provide for everybody. Whether you propose to observe some huge and stunning architecture or even luscious gets depicting character at it's best, you're going to get it just about all here. Among the amazing stuff that you cannot miss within Dubai is actually Dubai leave safari. Indeed, it is really a trip which will take a person deep to the desert and cause you to experience the prettiest things you'd ever wish to.
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I
Dialoguer sur les langues c'est une perte de temps. Le français est une belle langue et sa littérature est appréciable. Les étudiants préfèrent l'anglais parceque les méthodes d'enseignement de celui-ci sont modernes, fluides et performantes', on continue en Algérie à enseigner le français avec les bonnes vielles méthodes si obsolètes. Les anglo-saxons créent des approches linguistique tout le temps. Leur machine ne s'arrête pas.
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P
In addition to gone because of the interview operation, established that lines in communication and even hired your house painting designer and installer, remember to go that contact. Some owners are undecided to speak out up and even address a minute issue they can see considering the home portrait, even though they are really paying in the services, because everybody too small to a detail additionally they figure it's not going to matter in the long term after the household painting is without a doubt completed.
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F
When stating very doom and even gloom, I think it is essential to say that selecting the proper cleaning product is nothing except a blessing for friends and family. A very good maid service need to have certain components, or identifiers it is easy to be wary of. Other signs is a bit alot more subtle or could possibly want a modest probing onto your part.
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